Nouvelles pseudo-locales hyperciblées : Analyse informatique du réseau de propagande numérique de Metric Media
AJ Cordeiro
Université métropolitaine de Toronto
Résumé
Le déclin du journalisme local alimente les réseaux d’information « pseudo-locaux » qui imitent les médias communautaires tout en faisant la promotion d’idées partisanes. L’article qui suit porte sur le grand réseau américain Metric Media et repose sur une étude de cas provenant d’un mémoire de maîtrise sur la propagande numérique hyperciblée. En appliquant des méthodes informatiques (analyse de sentiments, modélisation des thèmes et mesures de médias sociaux) au contenu de 2019 à 2024, l’étude relève des modèles thématiques et des tactiques stratégiques. L’étude fait état d’un contenu généré en grande partie d’algorithmes, d’un programme partisan, d’une distribution ciblée et d’interactions limitées. L’analyse montre comment la transparence guidée par les données peut dévoiler la désinformation et orienter les politiques pour renforcer l’information locale et le discours démocratique.
Introduction
Les sociétés démocratiques comptent sur un journalisme local rigoureux pour informer les communautés et demander des comptes aux autorités. Ces dernières années, cependant, l’effondrement de nombreux médias locaux a créé des « déserts médiatiques » et des vides informationnels. Un nouveau phénomène exploite cette lacune : les réseaux d’information pseudo-locaux. Ces entités créent des sites Web qui ressemblent à première vue à des médias locaux indépendants, souvent sous des noms génériques qui évoquent des communautés, mais sont en réalité contrôlés et financés de manière centralisée par des intérêts politiques ou privés. En misant sur la grande confiance que le public accorde traditionnellement aux médias locaux (Benjamin, 2022), les réseaux pseudo-locaux diffusent une propagande ciblée déguisée en nouvelles locales.
Metric Media, un conglomérat américain de centaines de sites d’informations d’apparence locale lancé à la fin des années 2010, en est un exemple bien connu. Des enquêtes menées par des chercheurs en médias ont révélé que le réseau de Metric Media comptait environ 450 sites en 2019 (Bengani, 2019) et plus de 1 200 sites dans l’ensemble des 50 États à la mi-2020 (Bengani, 2021). Ces sites publient d’énormes quantités d’articles localisés, qui abordent des sujets tels que les événements scolaires, les tendances du marché immobilier et les annonces municipales et qui sont en grande partie générés par des algorithmes ou des robots, pour donner l’impression d’un journalisme local dynamique. Au contenu local neutre s’ajoute un petit nombre d’articles à connotation politique qui présentent des points de vue conservateurs et qui sont souvent rédigés par des affiliés plutôt que par des journalistes indépendants. Cette stratégie crée un effet journalistique de « boue rose » : un mélange de formules de remplissage et de messages partisans que les lecteurs ont du mal à distinguer des véritables informations communautaires (Bengani, 2019).
La montée en puissance de ces médias pseudo-locaux soulève des questions urgentes pour la démocratie. Les chercheurs notent que la désinformation et les fausses informations à caractère politique, lorsqu’elles sont légitimées par des canaux locaux apparemment crédibles, peuvent éroder le discours civique et la confiance du public dans les médias (Bennett et Livingston, 2018). Contrairement aux fausses nouvelles flagrantes sur les médias sociaux, les nouvelles pseudo-locales tirent parti de l’autorité structurelle du journalisme, en utilisant des formats d’information familiers et des mises à jour locales anodines pour amener subtilement les lecteurs à lire des articles sur des enjeux clivants. Par exemple, un site de Metric Media peut publier à plusieurs reprises des mises à jour d’apparence neutre sur les délais d’inscription des électeurs à côté d’articles d’opinion qui mettent en garde contre la fraude électorale, ce qui alimente un discours partisan sous l’apparence d’une information locale (Bengani, 2021). Ces tactiques permettent aux propagandistes d’hypercibler les communautés (géographiques ou démographiques) en leur adressant des messages sur mesure qui échappent souvent à l’examen minutieux auquel sont soumises les campagnes médiatiques nationales. En effet, en 2022, les faux médias locaux étaient en voie de dépasser le nombre de médias locaux authentiques aux États-Unis, ce qui illustre l’ampleur de cette tendance (Abernathy, 2022; Benjamin, 2022).
Le présent article examine le réseau de nouvelles pseudo-locales de Metric Media à partir d’une étude de cas réalisée dans le cadre d’un mémoire de maîtrise afin de comprendre les modèles structurels et l’influence de la propagande numérique hyperciblée. En utilisant des techniques de journalisme informatique et en recourant à l’extraction de contenu à grande échelle, à l’analyse de sentiments, à la modélisation des thèmes et à l’analyse des données des médias sociaux, nous avons tenté de remonter systématiquement à la source de la stratégie de Metric Media relative au contenu et à sa réception. L’objectif est double : 1) faire la lumière sur la manière dont ces réseaux fonctionnent et influencent l’opinion publique à l’échelle locale, et 2) tirer des enseignements utiles à l’élaboration de politiques de communication en matière de lutte contre la propagande clandestine tout en renforçant les médias locaux authentiques. En associant l’analyse guidée par les données à la théorie de la communication, la présente recherche vise à contribuer à l’enrichissement du corpus de recherches pertinentes pour l’élaboration de politiques sur la désinformation, la confiance dans les médias et la démocratie (Cordeiro, 2025). Le reste de l’article est organisé comme suit : tout d’abord, une revue de la littérature pertinente sur les nouvelles locales, la désinformation et la propagande. Ensuite, nous présentons un aperçu de la méthodologie, suivi des résultats empiriques sur le contenu de Metric Media et les modèles d’interaction. Nous présentons ensuite une discussion sur les répercussions de ces résultats pour la responsabilité démocratique et les politiques des médias. Enfin, nous proposons des interventions politiques, puis des réflexions pour préserver le patrimoine informationnel à l’ère du journalisme de la « boue rose ».
Revue de la littérature
Nouvelles locales, confiance et faiblesses de la démocratie
Le rôle fondamental du journalisme local dans les sociétés démocratiques est bien connu. Les médias locaux n’ont pas comme seul rôle d’informer les citoyens sur les affaires de la communauté; ils surveillent également les administrations municipales, les écoles et les entreprises. Les recherches montrent que le déclin du journalisme local s’accompagne d’une augmentation de l’inefficacité et de la corruption au sein du gouvernement, d’une baisse de la participation électorale et de la diminution de la participation des citoyens dans la vie civique (Pickard, 2020; Napoli, 2019). Meyer et coll. (2019) observent que la perte de nouvelles locales crédibles crée une population « privée d’informations propres à la communauté » [Traduction], ce qui laisse un vide que des sources alternatives peuvent combler (Meyer et coll., 2019). Malheureusement, ce vide est de plus en plus occupé par des acteurs qui ont des objectifs politiques. Face à l’essoufflement des médias traditionnels, des éditeurs partisans ont lancé des médias pseudo-locaux qui ont l’apparence de médias d’information, mais qui sont en fait des véhicules de propagande (Benjamin, 2022). La confiance durable du public dans les médias locaux est ainsi instrumentalisée : les gens ont tendance à accorder le bénéfice du doute aux nouvelles locales, et des acteurs malveillants en profitent pour diffuser des contenus biaisés au moyen de faux médias locaux (Benjamin, 2022).
Cette tendance s’inscrit dans le phénomène plus vaste de la désinformation à l’ère numérique. Le cadre de Wardle et Derakhshan (2017) sur le « désordre de l’information » établit une distinction entre la mésinformation (fausses informations involontaires), la désinformation (fausses informations délibérées) et la malinformation (vérités nuisibles) dans l’environnement médiatique actuel. Tandoc, Lim et Ling (2017) notent que les « fausses nouvelles » se présentent sous diverses formes, notamment des histoires fabriquées, de la propagande partisane et des pièges à clics (Tandoc et coll., 2017). Le modèle pseudo-local adopté par Metric Media s’inscrit dans la catégorie de la propagande : il utilise des informations réelles (par exemple, des statistiques locales ou des événements factuels), mais il les présente de manière trompeuse et dans le cadre de partenariats publicitaires. En dissimulant des intérêts politiques sous l’apparence de reportages locaux anodins, ces médias brouillent les pistes entre le journalisme authentique et les opérations d’influence partisanes.
Des journalistes ont inventé l’expression de « journalisme de boue rose » (« pink slime journalism », en référence aux agents de remplissage dans la viande) pour décrire ces imitations de nouvelles locales, produites en masse et à moindre coût (Bengani, 2019). Les premières enquêtes journalistiques sur la « boue rose » en journalisme ont joué un rôle essentiel dans le dévoilement de Metric Media et d’autres réseaux similaires. À la fin de 2019, la Columbia Journalism Review a fait état d’un réseau d’environ 450 sites pseudo-locaux « étroitement liés » qui publiaient des articles générés par des algorithmes avec un contenu politique conservateur (Bengani, 2019). À la mi-2020, ce réseau avait presque triplé pour atteindre plus de 1 200 sites dans tout le pays (Bengani, 2021). Cette croissance n’est pas naturelle, mais résulte plutôt d’investissements stratégiques de la part de groupes de pression et de donateurs politiques (Bengani, 2024). Ces résultats soulignent que les réseaux pseudo-locaux ne sont pas le fruit du hasard ou d’une initiative populaire, mais qu’ils constituent plutôt une infrastructure de propagande délibérée conçue pour influencer l’opinion publique à l’échelle locale.
La propagande à l’ère numérique : Hyperciblage et algorithmes
Les activités de Metric Media et d’autres réseaux similaires peuvent être analysées à la lumière des théories classiques et contemporaines de la propagande. Jowett et O’Donnell (2012) définissent la propagande comme « la tentative délibérée et systématique de façonner les perceptions, de manipuler les processus cognitifs et d’orienter le comportement afin d’obtenir une réponse qui va dans le sens de l’intention souhaitée par le propagandiste » [Traduction]. Dans le passé, les efforts de propagande s’appuyaient souvent sur les médias de masse centralisés ou sur une publicité politique claire. Aujourd’hui, comme le suggèrent Herman et Chomsky dans La fabrication du consentement (1988) et Bennett et Livingston dans leur thèse sur la désinformation, la propagande a évolué pour prendre des formes plus insidieuses qui exploitent la fragmentation des médias et la personnalisation des contenus en ligne (Herman et Chomsky, 1988; Bennett et Livingston, 2018). Au lieu de diffuser un message unique à une audience nationale (le modèle traditionnel de propagande de masse), les propagandistes peuvent désormais hypercibler des segments précis de la population avec des messages sur mesure diffusés par des canaux spécialisés. Cette transformation est rendue possible par les mêmes plateformes numériques et les mêmes outils d’analyse de données qui alimentent la publicité moderne.
Le modèle de Metric Media illustre parfaitement la propagande hyperciblée en action. En créant des sites locaux d’information pour chaque État, comté ou ville (souvent avec des titres tels que Springfield Times ou Mobile Courant), le réseau peut fournir un contenu personnalisé à chaque communauté. Une grande partie de ce contenu est générée automatiquement (Cordeiro, 2025). Cela donne l’apparence d’un journalisme local normal. Cette production de nouvelles à la chaîne permet au réseau de s’étendre rapidement et à moindre coût dans différentes régions (Cordeiro, 2025). Surtout, cela permet d’introduire des discours partisans. La propagande est dissimulée dans une couverture médiatique abondante et anodine : seul un faible pourcentage des articles de Metric Media exprime ouvertement un parti pris politique, et les articles qui le font sont souvent rédigés dans un style sobre et informatif pour éviter de se trahir (Cordeiro, 2025).
Une autre caractéristique de la propagande moderne dans ce contexte est l’utilisation d’algorithmes de plateforme et d’analyses de données pour cibler les messages. Les médias sociaux et les moteurs de recherche sont des canaux de distribution essentiels pour les nouvelles pseudo-locales. Cette stratégie tire parti de ce que Zuboff (2019) appelle le capitalisme de surveillance : la vaste collecte de données personnelles par les plateformes, qui peut être réutilisée pour hypercibler des contenus ou des publicités (Zuboff, 2019). Le principe sous-jacent est le même que celui de l’hyperciblage commercial, mais le produit vendu est une idéologie politique ou un candidat.
La recherche sur le rôle des médias sociaux dans la mésinformation et la désinformation donne plus de contexte. Des études ont montré que les fausses nouvelles ou les nouvelles hyperpartisanes se propagent souvent dans les réseaux de communautés qui partagent les mêmes opinions et qu’elles peuvent être amplifiées par des algorithmes de recommandation qui favorisent les interactions (Vosoughi, Roy et Aral, 2018). Toutefois, les médias pseudo-locaux ont souvent une audience modeste, et leur contenu est peu susceptible de devenir naturellement viral (Cordeiro, 2025). Au lieu de cela, ces médias s’appuient sur une diffusion orchestrée (en recourant à plusieurs pages de faible visibilité, à des publications coordonnées et, parfois, à un soutien externe de la part d’organisations politiques ou de bots automatisés) pour assurer la circulation de leurs discours.
Nouvelles contre-mesures et lacunes
Les journalistes et les universitaires sont de plus en plus conscients de l’existence des réseaux d’information pseudo-locaux, ce qui soulève des discussions sur les moyens de les contrer. La méthode traditionnelle de vérification des faits n’est pas suffisante dans ce cas, car de nombreux articles publiés sur ces sites peuvent être factuellement exacts ou ne présenter qu’un léger biais, ce qui ne déclenche pas de signaux d’alerte évidents. Il s’agit davantage d’une tromperie structurelle (qui se cache derrière l’information et pourquoi) plutôt que de mensonges manifestes dans le contenu. Par conséquent, les contre-mesures mettent l’accent sur la transparence et la vérification des sources. Par exemple, des chercheurs et des groupes de surveillance ont commencé à dresser des listes de sites de « boue rose » connus et de leurs propriétaires. L’ensemble de données MassMove (2024), créé par des militants, s’inscrit dans cette démarche visant à recenser les réseaux d’information locaux trompeurs et a été utilisé dans le cadre de cette étude (MassMove et coll., 2024). Ces approches de renseignement de sources ouvertes (OSINT) aident à cartographier l’étendue de ces réseaux et à fournir des données à des fins d’analyse.
Les initiatives en matière d’éducation aux médias constituent une autre ligne de défense. Hobbs (2011) et d’autres experts en littératie numérique affirment qu’il est essentiel d’apprendre au public à évaluer de manière critique les sources d’information en vérifiant les mentions légales en se renseignant sur les antécédents d’un site et en se méfiant des médias locaux partiaux à l’ère du désordre de l’information. Le problème, cependant, c’est que les sites pseudo-locaux sont expressément conçus pour paraître inoffensifs, en contournant les mécanismes intuitifs auxquels les lecteurs ont normalement recours pour repérer les fausses nouvelles. Comme le souligne Darr (2024), de nombreux consommateurs ne parviennent pas à faire la distinction entre ces médias partisans et le véritable journalisme local, en particulier lorsque le contenu n’est pas manifestement faux ou sensationnel. C’est justement cette crédibilité par association avec les « nouvelles locales » qui est visée (Benjamin, 2022).
La littérature révèle que les réseaux d’information pseudo-locaux comme Metric Media se situent à l’intersection de plusieurs problèmes contemporains : le déclin du journalisme local, la propagation de la désinformation en ligne et les fonctions de ciblage avancées offertes par les plateformes numériques. Ces réseaux représentent un défi structurel et politique, et non pas une simple série d’articles trompeurs. La présente étude s’appuie sur ces bases en fournissant une analyse empirique du contenu et des stratégies de Metric Media, ce qui permet de proposer des politiques possibles en réponse à cette menace émergente pour les communications démocratiques.
Méthodologie
Conception de la recherche et collecte des données
Cette étude, qui adopte une approche par étude de cas (Yin, 2018), porte sur le réseau de sites de nouvelles pseudo-locales de Metric Media. L’approche utilisée est pluridisciplinaire, intégrant des techniques de journalisme informatique à l’analyse de contenu et à l’analyse de réseau. La période d’étude s’est étendue de juillet 2019 à janvier 2024, ce qui couvre plusieurs périodes électorales et offre une vue longitudinale de l’activité du réseau. L’ensemble de données principal est constitué de textes extraits des sites Web de Metric Media, et l’ensemble de données secondaires comprend les données des médias sociaux (pages Facebook) associées à ces sites.
- Reconnaître les sites de Metric Media : En utilisant un ensemble de données en libre accès compilé par un collectif de chercheurs militants (MassMove, 2024) pour recenser les médias connus de Metric Media, la présente recherche a permis d’obtenir des centaines de noms de domaine et de titres de sites associés à Metric Media ou à ses réseaux partenaires (parfois connus sous le nom de Local Government Information Services, Newsinator, etc.). L’utilisation de cette liste comme point de départ a permis d’assurer une couverture exhaustive et de réduire le risque d’omettre des sites moins connus (Cordeiro, 2025). Pour chaque site, un flux RSS a été trouvé. Il s’agit d’un flux Web accessible au public qui diffuse les articles récents. Les flux RSS (« Really Simple Syndication ») fournissent des métadonnées sur les articles (titres, résumés, références temporelles et parfois noms d’auteurs) dans un format XML normalisé (O’Reilly, 2007). En utilisant les flux RSS, nous avons pu récolter systématiquement les mises à jour de contenu de chaque site sans devoir effectuer directement le moissonnage Web des pages destinées au public. Cette approche est à la fois efficace et respectueuse de l’intégrité des sites.
- Moissonnage du contenu Web : Un logiciel de moissonnage personnalisé basé sur Python a été conçu pour parcourir la liste des flux RSS de Metric Media. Au cours de plusieurs opérations de moissonnage, entre la fin de 2023 et le début de 2024, le logiciel de moissonnage a recueilli toutes les entrées de flux disponibles (en remontant jusqu’à la création de chaque flux ou jusqu’à la dernière archive). Au total, des milliers d’articles ont été recueillis sur plus de 1 000 sites Web de Metric Media. Les données de chaque article comprenaient la date de publication, le titre, un résumé ou le premier paragraphe (tel que fourni par RSS), et le nom du site source. Ces entrées ont été compilées dans un ensemble de données principal. Par souci de cohérence, les doublons et le contenu non anglophone (le cas échéant) ont été éliminés, bien que le contenu de Metric Media soit presque exclusivement en anglais. À la fin de la collecte des données, le chercheur avait compilé une base de données d’environ 7 500 entrées d’articles, ce qui représente un échantillon substantiel des nouvelles de Metric Media au cours de la période étudiée (Cordeiro, 2025). Toutes les données recueillies étaient accessibles au public et aucune donnée privée n’a été consultée, conformément aux normes éthiques de la recherche OSINT (Townsend et Wallace, 2017).
- Données des médias sociaux : Afin d’évaluer la manière dont Metric Media diffuse son contenu et mobilise son public sur des plateformes plus larges, l’étude a également recueilli des données sur Facebook, où de nombreux sites locaux ont des pages. En utilisant à la fois l’interface Web de Facebook et un outil de moissonnage de données (Zúñiga, 2023), l’étude a récupéré les messages des pages associées aux médias de Metric Media. Cela a permis d’obtenir un ensemble de données de 7 510 publications Facebook provenant de pages de Metric Media entre avril 2017 et février 2024 (Cordeiro, 2025). Chaque enregistrement contient le nom de la page, le contenu de la publication (généralement un titre ou une légende avec un lien vers l’article), les références temporelles et les mesures des interactions, en particulier le nombre de mentions « j’aime », de partages et de commentaires sur la publication. Ces mesures ont été recueillies par l’analyse des compteurs visibles publiquement de chaque publication (sans utiliser d’interface de programmation d’applications privée); ainsi, il est garanti que le travail de recherche ne recueille que des données accessibles à tout utilisateur de Facebook (Cordeiro, 2025). X/Twitter a été exploré, mais il s’est avéré peu utilisé par ces médias (beaucoup n’avaient pas de présence sur X/Twitter ou avaient des comptes abandonnés), l’analyse des médias sociaux s’est donc concentrée sur Facebook, qui est plus populaire pour la diffusion de nouvelles locales (Cordeiro, 2025).
Techniques d’analyse
L’analyse s’est déroulée en trois volets principaux : l’analyse de sentiments du contenu, la modélisation des thèmes et le regroupement du contenu ainsi que l’analyse des réseaux sociaux et des interactions à partir des données de Facebook. Chaque composante a été conçue pour répondre à des questions de recherche précises sur les activités de Metric Media :
- Analyse de sentiments : L’étude de cas a évalué le ton émotionnel du contenu de Metric Media pour déterminer s’il est positif, négatif ou neutre. Compte tenu des affirmations selon lesquelles ces sites affichent une apparence neutre (Cordeiro, 2025), l’analyse apporte une validation quantitative. La recherche a employé un outil d’analyse de sentiments basé sur un lexique (TextBlob en Python) pour calculer la cote de polarité des sentiments pour chaque résumé d’article. La répartition globale des sentiments a permis de déterminer si le réseau diffuse principalement un contenu chargé d’émotion ou un ton strictement factuel.
- Modélisation des thèmes et analyse par grappes : Pour découvrir les principaux thèmes du contenu de Metric Media, l’étude a utilisé une modélisation thématique non supervisée. La définition des thèmes a été réalisée à l’aide de la vectorisation TF-IDF, suivie d’un regroupement des k-moyennes non supervisé. Ces grappes ont ensuite fait l’objet d’une analyse qualitative afin de définir les structures narratives récurrentes dans l’ensemble du corpus. L’étude a ensuite testé différents nombres de thèmes. En se basant sur des mesures de cohérence et d’interprétabilité, le chercheur a opté pour un modèle à cinq thèmes dominants (Cordeiro, 2025). Ces thèmes ont été définis par des ensembles de mots-clés, que le chercheur a interprétés et classés (par exemple, les principaux termes d’un thème comprenaient « comté, population, recensement, âge, augmentation », ce qui a été classé comme le thème de la démographie). Les cinq groupes thématiques définis sont les suivants : i) changements démographiques, ii) religion et culture, iii) gouvernance civique et criminalité, iv) économie et affaires, et v) politique en matière d’éducation. La recherche a ensuite procédé à l’analyse qualitative des articles représentatifs de chaque groupe afin de comprendre discours véhiculés.
- Analyse des réseaux et des interactions dans les médias sociaux : L’ensemble des données de Facebook a été analysé pour évaluer comment le contenu de Metric Media est diffusé et reçu sur les plateformes de médias sociaux. L’étude a d’abord cartographié le réseau de pages Facebook : chaque page correspondait à un site pseudo-local, et des schémas régionaux ont été observés (par exemple, plusieurs pages gérées par le même compte central, bien que ces détails ne soient pas entièrement visibles de l’extérieur). L’étude a ensuite examiné la fréquence des publications au fil du temps. En regroupant les messages publiés chaque mois, l’étude a permis de déceler des pics d’activité, notamment à l’approche des élections américaines de novembre 2020 et des élections de mi-mandat de 2022. Ces pics suggèrent un effort concerté pour promouvoir certains contenus pendant les périodes électorales, ce qui concorde avec des rapports antérieurs selon lesquels ces réseaux augmentent leur production de contenus à caractère politique au moment des élections (Bengani, 2019; 2021).
En ce qui concerne les mesures des interactions, l’étude a calculé le nombre moyen de mentions « j’aime », de partages et de commentaires par publication pour chaque année afin de dégager des tendances (Cordeiro, 2025). Le niveau général d’interactions était relativement faible : un message typique ne recueillait qu’une poignée de mentions « j’aime » et peut-être un ou deux partages (Cordeiro, 2025). Cela tend à confirmer l’idée selon laquelle l’influence du réseau découle moins d’une forte participation populaire que d’une amplification stratégique (Cordeiro, 2025).
Tout au long de l’analyse, la recherche a utilisé une stratégie de triangulation, en comparant les résultats informatiques avec des rapports d’enquête externes et des cadres théoriques. Par exemple, lorsque le modèle thématique a recensé un groupe de contenus à caractère religieux, il a été rapporté que Bengani (2024) avait signalé que des organisations catholiques s’étaient associées à Metric Media pour promouvoir certains points de vue (Cordeiro, 2025). Cela a permis de confirmer que la grappe n’était pas un artefact aléatoire, mais qu’elle était liée à une campagne d’influence connue (Cordeiro, 2025). De même, la recherche a recoupé toute tendance surprenante avec les reportages des médias pour éviter toute surinterprétation (Bengani, 2019, 2021; Bartholomew, 2022). En intégrant les données informatiques aux éléments de preuve journalistiques, le travail visait à garantir la validité des résultats et à éviter tout biais de confirmation : si nos résultats, fondés sur les données, concordaient avec les rapports indépendants, notre confiance en ces résultats augmentait; s’ils divergeaient, nous les traitions avec prudence (Bartholomew, 2022).
Limites
Toute méthodologie a ses limites, et cette étude ne fait pas exception. L’une des contraintes était l’exhaustivité des données : malgré le moissonnage intensif, la recherche n’a peut-être pas pris en compte tous les sites ou articles de Metric Media (de nouveaux sites ont pu être lancés après la compilation de notre ensemble de données, ou certains contenus plus anciens ont pu être exclus de la conservation des flux RSS). L’accent mis sur les résumés du flux RSS signifie que l’étude a permis d’analyser l’essentiel des articles plutôt que le texte intégral. Toutefois, les résumés contiennent généralement les informations essentielles, mais certaines nuances peuvent être perdues. En outre, l’analyse de sentiments à l’aide d’un lexique (par exemple, TextBlob) peut mal classer le sarcasme ou le ton qui doit être interprété en fonction du contexte (Cordeiro, 2025). Cependant, étant donné que le contenu de Metric Media a essentiellement un ton sérieux et journalistique, ce risque est minime (et la conclusion selon laquelle la majorité est neutre est si nette qu’elle résiste à des erreurs de classification mineures) (Cordeiro, 2025).
Sur les médias sociaux, le dénombrement des interactions sur Facebook est une approximation de la portée, mais pas une mesure directe de l’influence. L’étude ne précise pas non plus si Metric Media a eu recours à la publicité payante de Facebook, car l’analyse des interactions est fondée sur les interactions naturelles (Cordeiro, 2025). Si le réseau promouvait des messages au moyen de publicités, la portée pourrait être plus importante que ne le suggèrent les mesures publiques, un facteur qui n’est pas entièrement pris en compte dans le cadre de la présente étude (Cordeiro, 2025). Une autre limite tient au fait que les effets de causalité sur l’opinion publique dépassent la portée de la présente étude. La recherche a permis de cerner des types de contenu et des intentions possibles, mais elle ne peut pas déterminer de manière concluante dans quelle mesure ces discours pseudo-locaux ont modifié les façons de penser ou d’agir des gens (Cordeiro, 2025). Pour ce faire, il faudrait mener des enquêtes ou des recherches expérimentales auprès des publics cibles.
Enfin, du point de vue méthodologique, il est important de noter que l’approche de la recherche elle-même s’inscrit dans un nouveau paradigme de lutte contre la désinformation. L’étude a utilisé les mêmes outils de mégadonnées et d’analyse que ceux utilisés par les propagandistes (pour l’hyperciblage), mais en les mettant au service de l’analyse et de la responsabilisation (Cordeiro, 2025). Cette approche doit être affinée en permanence. Néanmoins, à l’intérieur de ces limites, la méthodologie de la recherche a permis de mener un examen efficace du réseau de Metric Media et a offert des observations que les approches purement qualitatives ou quantitatives pourraient manquer lorsqu’elles sont utilisées de façon isolée.
Résultats
L’analyse du réseau de nouvelles pseudo-locales de Metric Media a permis de tirer plusieurs conclusions importantes concernant les caractéristiques de son contenu, de ses thèmes et de sa stratégie de diffusion. L’étude présente les résultats en trois parties : 1) la nature du contenu et le profil des sentiments, 2) les principaux modèles thématiques (thèmes) recensés dans l’ensemble des nouvelles du réseau et 3) les modèles de diffusion et d’interactions sur les médias sociaux. L’ensemble de ces résultats brosse le portrait d’une opération de propagande très bien coordonnée qui se fond dans l’écosystème local de l’information tout en faisant la promotion d’idées partisanes.
1. Caractéristiques du contenu et profil des sentiments
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Production automatisée de nouvelles locales : Les sites de Metric Media s’appuient en grande majorité sur la production automatique de contenu pour alimenter leurs pages. Les données ont confirmé que la grande majorité des articles publiés sont des « nouvelles » locales stéréotypées, rédigées avec peu ou pas d’interventions de véritables journalistes (Cordeiro, 2025). En produisant des milliers de nouvelles hyperlocales de ce type (souvent des dizaines par site et par jour), le réseau crée un épais brouillard de nouvelles locales qui sert de camouflage (Bengani, 2021).
L’analyse de sentiments a fourni des preuves quantitatives de ce que les journalistes avaient observé qualitativement : la plupart du contenu de ces sites est rédigé dans un style neutre et factuel. L’analyse de sentiments a révélé qu’environ 62 % des articles étaient classés comme neutres, 27 % comme positifs et 11 % comme négatifs, ce qui permet de conclure que les articles adoptent un ton essentiellement neutre (Cordeiro, 2025). La prédominance de contenus au ton neutre s’inscrit dans la stratégie visant à donner une image impartiale et crédible. Elle indique également qu’une grande partie du contenu généré automatiquement est constituée de reportages communautaires banals qui, par nature, ne reflète pas de sentiments forts. La proportion relativement faible d’articles négatifs suggère que le contenu ouvertement critique ou alarmiste est utilisé avec parcimonie et est probablement réservé aux sujets pour lesquels un traitement négatif sert un objectif précis (par exemple, des reportages sur la criminalité susceptibles d’attiser la peur ou des articles critiquant une politique). Cette tendance à la négativité sélective est une caractéristique typique de la propagande insidieuse : la plupart du temps, le réseau adopte un ton local amical, mais à des moments clés, il instille de la négativité ou de la peur pour influencer la perception des lecteurs sur certains enjeux (Benkler et coll., 2018).
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Contenu partisan écrit par des êtres humains : Parmi les contenus générés automatiquement, les sites de Metric Media proposent également un petit nombre d’articles qui signés par des auteurs humains ou rédigés dans un but clairement éditorial. Il s’agit d’articles qui défendent des points de vue politiques ou idéologiques. Selon Bengani (2021), seul 10 % du contenu de ces sites est du journalisme original créé par des humains, et les observations de l’étude sont compatibles avec cette estimation. Cela reflète les constatations de Bengani (2019) selon lesquelles les choix du contenu correspondent souvent aux périodes électorales et aux discours partisans, ce qui laisse supposer une coordination en coulisse.
En résumé, la stratégie en matière de contenu est axée sur le volume et les apparences. Metric Media inonde les médias locaux d’informations neutres et générés automatiquement pour gagner la confiance du public. Il ajoute ensuite quelques messages partisans, juste assez pour influencer l’opinion publique, mais en évitant de révéler la véritable nature du site. Cette subtilité est sans doute plus dangereuse que la désinformation pure et simple, car elle n’éveille pas les soupçons des lecteurs occasionnels.
2. Ligne éditoriale et thèmes privilégiés
La modélisation des thèmes et l’analyse par grappes ont permis de cerner cinq grands thèmes dans le contenu de Metric Media. Ces thèmes constituent en fait la ligne éditoriale du réseau, c’est-à-dire les sujets et les discours récurrents mis en avant dans différentes localités. Il est important de noter que chacun de ces thèmes correspond à des enjeux qui ont été politisés dans les discours nationaux américains ces dernières années, en particulier par les mouvements conservateurs (Cordeiro, 2025). Cela indique que, derrière une apparence hyperlocale, le contenu de Metric Media s’appuie sur une ligne éditoriale centralisée (Cordeiro, 2025).
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Démographie et changements de population : Un groupe d’articles s’est concentré sur les statistiques démographiques, les changements de population, les mouvements migratoires, les répartitions par âge et les données de recensement correspondantes. Ces articles semblent souvent anodins. Cependant, la prévalence de ce type de contenu révèle un intérêt thématique : les réflexions sur les changements démographiques peuvent sous-tendre des thèmes politiques (par exemple, l’immigration, les mouvements de population vers les zones urbaines) (Cordeiro, 2025). Bien qu’il ne s’agisse, à première vue, que de simples données, le fait de mettre de l’avant les données démographiques est révélateur. Cela correspond à une tactique bien connue des médias partisans : présenter les tendances démographiques de manière à alimenter les préoccupations de leur base (Bakir et McStay, 2017). Pour les décideurs politiques, il est essentiel de comprendre cette orientation, car elle démontre que la propagande peut être propagée par des reportages factuels sélectifs, en mettant l’accent sur certains faits.
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Religion et « valeurs traditionnelles » : Un deuxième groupe porte sur les contenus religieux et culturels. Ces articles attirent les lecteurs du conservatisme religieux et légitiment les sites grâce à un contenu axé sur les valeurs communautaires (Cordeiro, 2025). L’analyse a mis évidence de nombreuses références aux églises, aux paroisses et à l’éducation religieuse (Cordeiro, 2025). Cela concorde avec les résultats externes selon lesquels Metric Media a conclu des partenariats ou des accords de partage de contenu avec des organisations de défense des intérêts religieux (Bengani, 2021). En intégrant des points de vue moraux et religieux dans les reportages locaux, le réseau fait efficacement la promotion d’un programme culturel conservateur dans le discours local.
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Gouvernance civique et sécurité publique : Un autre thème important concerne la gouvernance locale, l’application de la loi et la sécurité publique. Ce groupe correspond aux messages politiques nationaux qui mettent l’accent sur « l’ordre public » et la méfiance envers le gouvernement. Il est à noter que ces sites locaux couvrent largement les délits mineurs et les polémiques gouvernementales locales qui, autrement, ne bénéficieraient pas d’une attention constante (Cordeiro, 2025). Cela illustre la façon dont le réseau peut utiliser des sujets civiques apparemment neutres pour véhiculer des idées partisanes.
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Économie et affaires (l’angle local sur les enjeux nationaux) : Le thème économique dans le contenu de Metric Media comprend les nouvelles économiques locales, les statistiques sur l’emploi et les articles sur le prix de l’essence et le coût de la vie. En plaçant ces enjeux dans un contexte local, le réseau personnalise les grands débats politiques : un lecteur est plus susceptible de se sentir concerné par une hausse du prix de l’essence à la station-service du coin que par une statistique nationale. Ainsi, Metric Media exploite les reportages sur les entreprises locales pour renforcer les revendications économiques et les préférences idéologiques en faveur du marché libre (par exemple, la suspicion à l’égard de l’intervention économique de l’État) (Cordeiro, 2025).
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Éducation et société civile : Le cinquième groupe concerne l’éducation, les écoles et les autres institutions communautaires, et il s’agit de l’un des domaines les plus politisés. Cela correspond parfaitement au discours conservateur sur la réforme de l’éducation qui favorise la privatisation et dépeint les écoles publiques comme défaillantes ou « sous l’emprise » d’une idéologie (Cordeiro, 2025). Le thème de l’éducation est particulièrement influent parce qu’il rejoint les parents et l’identité de la communauté. En insérant des opinions partisanes dans l’actualité scolaire locale, le réseau touche à un domaine profondément personnel pour de nombreux lecteurs.
Un modèle clair se dégage de l’ensemble de ces thèmes : derrière une façade de journalisme local, Metric Media met systématiquement en avant des thèmes qui s’inscrivent dans une ligne politique conservatrice, bien que ce soit d’une manière modérée et factuelle. L’opération consiste à filtrer l’environnement informationnel en vue de ressembler au modèle de propagande décrit par Herman et Chomsky. Toutefois, le filtrage est ici réalisé par la sélection et le volume du contenu plutôt que par la censure éditoriale exercée par les propriétaires de médias (Herman et Chomsky, 1988). En utilisant des événements propres à la communauté comme points d’accroche, Metric Media amplifie systématiquement certains cadres (sécurité, tradition, mécontentement économique) tout en omettant ou en minimisant d’autres aspects, ce qui oriente subtilement le discours public (Cordeiro, 2025).
3. Stratégies de diffusion et modèles d’interactions
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Médias sociaux : La présence en ligne de Metric Media s’étend aux médias sociaux, principalement au moyen des pages Facebook de chacun de ses « médias » locaux. L’analyse du réseau de ces pages a révélé une empreinte étendue, mais peu profonde (Cordeiro, 2025). Il existe des pages Facebook pour la plupart des sites, dont le nombre total s’élève à plusieurs centaines. Cependant, la plupart des pages sont très peu suivies. Beaucoup n’avaient que quelques dizaines ou quelques centaines d’abonnés, et certaines semblaient pratiquement inactives après une première vague de publications (Cordeiro, 2025).
Les données sur les interactions confirment que la grande majorité de ces publications Facebook ne suscitent que très peu d’intérêt. Le taux moyen d’interactions par publication était légèrement plus élevée (quelques « j’aime » ou partages), ce résultat est faussé par une poignée d’articles qui ont suscité un vif intérêt (Cordeiro, 2025). Le contenu de Metric Media n’est pas viral ni largement diffusé sur Facebook.
Cependant, un faible niveau de vraies interactions ne signifie pas que l’influence est nulle. Quelques nuances importantes doivent être apportées : tout d’abord, même un petit nombre d’interactions peut faire intervenir les bonnes personnes (par exemple, des influenceurs locaux ou des membres de groupes partisans) qui se chargeront ensuite de diffuser le contenu. Deuxièmement, Metric Media utilise un autre canal de diffusion en plus de la portée organique.
L’analyse de la fréquence des publications au fil du temps révèle que l’activité de Metric Media n’est pas constante, mais qu’elle explose lors de périodes politiques importantes. Une représentation graphique du nombre de publications sur Facebook par mois a permis de constater des pics évidents en octobre et en novembre 2020 et à nouveau à l’automne 2022, avec une légère augmentation à la mi-2021 (ce qui pourrait correspondre à des élections locales ou à des campagnes précises) (Cordeiro, 2025). Lors de ces pics, le volume des publications a augmenté, mais leur contenu est également devenu plus politique. Ce constat rejoint celui de Bengani (2024), selon lequel le réseau a été utilisé pour influencer les électeurs à l’approche des élections.
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Efficacité et influence : Une question cruciale est de savoir dans quelle mesure le réseau de propagande de Metric Media façonne les opinions ou le discours. Bien que l’étude ne permette pas de mesurer directement le changement d’opinion, les résultats permettent certaines déductions. La stratégie qui consiste à produire un volume important de contenu avec de faibles interactions suggère que la valeur de la propagande réside davantage dans la présence et la perception que dans la persuasion au moyen d’articles individuels. En d’autres termes, en existant et en étant visibles (même de façon minimale) dans les espaces de nouvelles locales, ces pseudo-sites créent un cadre narratif (Cordeiro, 2025). Ils ne persuadent peut-être pas profondément quelqu’un du jour au lendemain, mais ils contribuent à créer un environnement dans lequel certaines idées semblent plus répandues ou validées.
Parallèlement, les mesures des interactions relativement faibles soulèvent des questions quant à la portée de ces sites. Bon nombre d’entre eux n’ont pas réussi à se constituer un véritable public local, ce qui est logique étant donné que leur contenu est souvent générique et que les opérations ne sont pas véritablement ancrées dans les communautés (Cordeiro, 2025).
En résumé, les résultats indiquent que le réseau de Metric Media fonctionne comme une vaste, mais mince, couche de propagande à l’échelle nationale : vaste par sa couverture géographique et thématique, mince par son incidence immédiate sur le public. Il repose sur l’effet cumulatif de nombreuses petites incursions dans le discours local, plutôt que sur une seule fausse nouvelle qui produirait un grand effet. Il s’agit donc d’un phénomène difficile à contrer, puisqu’il n’y a pas une fausse nouvelle virale à démystifier. Il faut plutôt reconnaître et traiter la présence structurelle d’un appareil de propagande qui se fait passer pour du journalisme local.
Analyse
L’anatomie de la propagande pseudo-locale
L’analyse révèle un système soigneusement calibré qui correspond bien aux attentes théoriques de la propagande moderne. Contrairement à la propagande traditionnelle diffusée de haut en bas par les chaînes de télévision ou les journaux nationaux, le modèle pseudo-local est à la fois décentralisé et modulaire, tout en étant géré de manière centralisée. Il incarne ce que l’on pourrait appeler la « propagande en réseau », c’est-à-dire l’exploitation d’un réseau de micromédias pour obtenir des effets globaux.
Le cadrage médiatique est une perspective théorique à prendre en compte. Selon la théorie classique du cadrage médiatique (McCombs et Shaw, 1972), les médias ne disent pas aux gens ce qu’ils doivent penser, mais ils influencent de manière significative leurs opinions. Le réseau de Metric Media établit un cadrage médiatique à l’échelle hyperlocale, mais il est guidé par des priorités partisanes à l’échelle nationale (Cordeiro, 2025). En saturant les canaux locaux de sujets précis (criminalité, écoles, démographie), le réseau vise à mettre de l’avant ces sujets auprès du public dans de nombreuses communautés à la fois. Il s’agit en fait d’une modélisation participative du cadrage médiatique. Cela peut avoir des répercussions politiques en aval, par exemple en influençant les thèmes sur lesquels les candidats locaux axent leur campagne ou les questions qui dominent les réunions publiques.
Du point de vue des études sur la propagande, cette stratégie est compatible avec le concept de « propagande cachée », tel que décrit par Bernays (1947) et par des chercheurs ultérieurs : la propagande est plus efficace lorsque le public n’est pas conscient des manœuvres de persuasion. Aujourd’hui, un site Web bien conçu, avec le nom d’une ville dans son titre, peut apparaître sans que le lecteur moyen puisse facilement savoir s’il est produit par des journalistes locaux ou par un acteur politique à distance. Cette opacité est un élément essentiel de la stratégie pseudo-locale, qui permet ce que le chercheur a appelé précédemment la « légitimisation des messages » (Cordeiro, 2025). Le réseau de Metric Media parvient ainsi à passer inaperçu tant aux yeux des lecteurs qu’aux algorithmes des systèmes de modération des plateformes en respectant en grande partie les apparences d’un contenu d’actualité légitime.
Dans ce contexte, l’hyperciblage concerne autant le lieu et le moment que le public visé. Certes, le réseau cible des groupes démographiques précis en passant par les médias sociaux, mais il est tout aussi important de cibler des lieux et des moments précis. En se répandant dans de nombreuses localités, Metric Media s’assure que les discours nationaux sont reproduits dans des contextes locaux, ce qui influence potentiellement le discours politique local sans paraître forcé. En faisant coïncider les hausses soudaines de contenu avec les moments clés des périodes électorales, le réseau maximise la pertinence au moment où les citoyens prennent des décisions. Ce ciblage temporel s’apparente à une stratégie de campagne électorale, mais il se fait passer pour du journalisme plutôt que pour des publicités électorales.
Répercussions pour la démocratie et le discours public
L’existence et le fonctionnement de réseaux comme Metric Media entraînent plusieurs répercussions dans une société démocratique :
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L’érosion de la citoyenneté informée : La démocratie repose sur l’accès des électeurs à des informations précises et impartiales sur leurs communautés. Les sites pseudo-locaux brouillent cet environnement informationnel. Les citoyens des localités visées par ces sites peuvent développer une perception biaisée de la réalité locale. Au fil du temps, cette manipulation du discours local peut exercer une influence sur le comportement électoral et l’engagement civique, fragmenter les communautés et attiser les divisions.
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L’affaiblissement des médias locaux authentiques : Une autre victime des réseaux pseudo-locaux est le reste de la presse locale authentique. Les véritables journaux et radios locaux sont déjà en difficulté, mais ils doivent maintenant faire face à la concurrence d’entités qui prétendent effectuer leur travail et qui inondent souvent les médias sociaux et les résultats de recherche sur lesquels les vrais médias comptent également pour générer du trafic. À long terme, les réseaux pseudo-locaux sont parasitaires : ils imitent et exploitent la crédibilité du journalisme local, mais ce faisant, ils peuvent aussi miner cette crédibilité pour tout le monde.
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Les défis pour la responsabilité et de la transparence : Les résultats soulignent également que les mécanismes de responsabilité existants sont peu adaptés à ce phénomène. La responsabilité démocratique est court-circuitée puisque ceux qui cherchent à influencer l’opinion publique n’ont plus besoin de se lever et d’exposer ouvertement leurs arguments; il suffit de se cacher derrière le masque de l’« information ». En plus de tromper le public, ce refus de rendre des comptes entrave également tout débat légitime, car l’une des parties en présence a recourt à des tactiques sournoises au lieu de participer ouvertement.
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Tactiques de désinformation normalisées : Si rien n’est fait concernant le modèle pseudo-local, il y a un risque qu’il se normalise et qu’il devienne une autre tactique politique ou de relations publiques. Ce scénario pourrait entraîner l’effondrement de la notion même de journalisme local en tant que source objective, ce qui conduirait les communautés à se replier dans des chambres d’écho partisanes, tant pour les nouvelles locales que nationales. Cette tendance accélérerait la fragmentation de la sphère publique, comme nous mettent en garde plusieurs chercheurs, dont Sunstein (2018) et Vaidhyanathan (2018).
Le fait que les interactions restent limitées et que ces sites reposent davantage sur une illusion que sur une participation profonde suggère qu’ils risquent d’être démasqués. Lorsque les gens apprennent qu’un site n’est pas ce qu’il prétend, le charme peut être rompu : les lecteurs pourraient abandonner la plateforme, et celle-ci pourrait modifier leurs algorithmes. Le défi consiste à réaliser cette exposition à grande échelle et rapidement.
Le rôle des politiques et de la réglementation
Ces résultats renforcent l’argument selon lequel les approches purement axées sur le marché ou le laisser-faire sont insuffisantes pour faire face aux campagnes de désinformation coordonnées. Il est clairement dans l’intérêt public de garantir la transparence des médias, surtout pour ce qui est de l’influence politique. L’une des raisons pour lesquelles les sites pseudo-locaux trouvent un terrain fertile est l’absence de couverture locale concurrente. Pour offrir aux communautés un rempart contre ces faux médias, il est essentiel de reconstruire la structure d’information locale au moyen de subventions, de financements publics ou de modèles économiques novateurs. Pickard (2020) préconise de traiter le journalisme local comme une infrastructure qui nécessite un investissement public. Comme le montre la présente étude, le prix à payer en cas d’inaction peut se mesurer en termes de vulnérabilité à la manipulation.
Enfin, notre recherche met en évidence une « méta-répercussion » : les mêmes outils de mégadonnées et de l’intelligence artificielle qui permettent la micropropagande peuvent être utilisés pour défendre la vérité. Tout comme Metric Media a utilisé un ciblage guidé par les données, la présente étude a utilisé une analyse guidée par les données pour démasquer le réseau. Ce type de journalisme d’enquête et de recherche axée sur l’analyse de données va prendre de plus en plus d’importance. En un sens, nous devons combattre le feu par le feu : à la tromperie algorithmique, nous devons opposer la détection algorithmique et la transparence.
Répercussions politiques
Pour relever les défis posés par les réseaux pseudo-locaux de nouvelles hyperciblées, il faudra adopter une approche stratégique à plusieurs volets. L’objectif est de rétablir la transparence, la responsabilité et la confiance dans le domaine de l’information locale sans porter atteinte à la liberté de la presse ou à la liberté d’expression. Selon les résultats et la littérature disponible sur la politique des médias et la désinformation, le chercheur souligne plusieurs répercussions politiques et recommandations clés :
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Renforcer la transparence dans les médias en ligne : Une mesure immédiate consiste à exiger une plus grande transparence sur la propriété, le financement et le contrôle éditorial des médias, en particulier ceux qui opèrent principalement en ligne. Dans l’Union européenne, le nouveau Règlement sur les services numériques de 2022 va dans le sens d’une obligation de transparence pour les plateformes en ligne et pourrait inspirer des dispositions similaires sur la provenance des contenus. Alors que le Règlement sur les services numériques se concentre sur les responsabilités des plateformes, des réglementations complémentaires pourraient s’adresser directement aux fournisseurs de contenu.
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Élargir les règlements relatifs aux élections et à la publicité : Actuellement, une faille juridique permet à la propagande politique de se faufiler sous forme de « nouvelles ». Les organismes de surveillance électorale (tels que Élections Canada ou la Federal Election Commission aux États-Unis) devraient envisager des règles qui traitent les campagnes coordonnées de pseudo-nouvelles comme des contributions politiques en nature ou de la publicité électorale.
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Soutenir le journalisme local en tant que bien public : Une solution fondamentale à long terme consiste à rebâtir la capacité de produire des nouvelles locales authentiques, privant ainsi d’oxygène les imposteurs pseudo-locaux. Pickard (2020) plaide pour des interventions audacieuses afin de sauver le journalisme à l’ère de la désinformation, et la montée en puissance de réseaux comme Metric Media rend cette argumentation encore plus pertinente et concrète.
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Responsabilité des plateformes et audits algorithmiques : Les plateformes de médias sociaux facilitent grandement la diffusion de nouvelles pseudo-locales. Par conséquent, la politique devrait également tenir compte des responsabilités de ces plateformes. En s’appuyant sur des cadres tels que celui de Sun (2023), qui propose de réglementer la désinformation algorithmique, les organismes de réglementation pourraient exiger des plateformes qu’elles détectent et rétrogradent les canaux de désinformation coordonnés. Si des mesures de modération musclées (comme l’interdiction de ces sites) peuvent susciter des inquiétudes quant à la liberté d’expression, la transparence algorithmique et les ajustements visant à réduire la portée des contenus trompeurs constituent un outil plus modéré, mais tout aussi efficace.
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Éducation aux médias et campagnes de sensibilisation du public : Le fait de donner aux citoyens les moyens de discerner la propagande pseudo-locale est une mesure cruciale et relativement peu controversée du point de vue politique. Les gouvernements, les établissements d’enseignement et la société civile peuvent collaborer à des initiatives d’éducation aux médias axées sur les nouvelles locales. En effet, la lumière du soleil est le meilleur désinfectant : une fois exposés, ces réseaux perdent toute crédibilité. Par conséquent, un public informé est la première ligne de défense.
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Surveillance collaborative et partage de renseignements : Tout comme les cybermenaces sont traitées par le partage de renseignements entre le gouvernement et l’industrie, une infrastructure collaborative similaire pourrait être mise en place pour surveiller les réseaux de désinformation. Les organismes de réglementation des communications (telles que le CRTC au Canada ou la FCC aux États-Unis), en partenariat avec des chercheurs universitaires et des organisations de journalistes, pourraient mettre en place un système d’alerte rapide contre la prolifération des sites pseudo-locaux.
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Responsabilité juridique pour les pratiques électorales trompeuses : Dans certains pays, la loi interdit de se faire passer pour un média ou de diffuser de fausses informations pour influencer le comportement électoral (par exemple, certains États interdisent de diffuser délibérément de fausses informations sur les procédures de vote). Ces lois pourraient être invoquées ou modifiées pour couvrir les activités des réseaux pseudo-locaux. La difficulté se trouve dans l’application de la loi, en particulier lorsque les opérateurs de réseaux se cachent derrière plusieurs entités juridiques. Toutefois, le fait d’indiquer clairement dans la loi que ce comportement est inacceptable établit une norme et peut permettre aux organismes de surveillance de mener des enquêtes. C’est aussi un avertissement aux éventuels imitateurs qu’ils s’exposent à des sanctions judiciaires.
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Un jeu d’équilibre : Il est important de reconnaître que toute mesure politique doit trouver un juste équilibre entre la lutte contre la désinformation et la protection de la liberté d’expression et de la liberté de la presse. Les politiques devraient cibler les comportements trompeurs et les aspects structurels (tels que la non-divulgation, la coordination et l’automatisation) plutôt que de censurer des points de vue précis. L’objectif n’est pas de faire taire les points de vue conservateurs (ou autres), mais de s’assurer que la diffusion de ces points de vue soit effectuée de manière transparente et au moyen de véritables membres de la communauté plutôt que par des personnages fictifs. En exigeant que la mascarade soit clairement identifiée et en privilégiant les voix locales authentiques, les mesures politiques peuvent rétablir l’équilibre et favoriser une communication honnête.
Conclusion
Les nouvelles locales ont longtemps été considérées comme l’élément vital de la démocratie à l’échelle communautaire. Notre étude met en lumière un effort concerté pour exploiter cet élément vital en y injectant une toxine partisane : une propagande furtive déguisée en journalisme de proximité. L’étude de cas de Metric Media montre comment les technologies numériques et la coordination stratégique peuvent reproduire la forme des nouvelles locales tout en détournant leur fonction. Sous des bannières inoffensives et des nouvelles banales se cache une opération d’influence complexe, qui remet en question nos hypothèses sur l’origine et la diffusion de l’information politique.
En appliquant une analyse informatique au réseau tentaculaire de Metric Media, la présente recherche a permis de mettre en lumière ses opérations. Elle a découvert un réseau qui ressemble davantage à une machine de propagande dotée de milliers de ramifications qu’à un ensemble de médias communautaires indépendants (Bengani, 2024). Sa stratégie en matière de contenu (contenu essentiellement neutre ponctué de biais ciblés) maximise la crédibilité et minimise la détection. Son orientation thématique correspond étonnamment bien à un programme politique national, ce qui prouve que l’apparence locale est une illusion délibérée. De plus, son utilisation des médias sociaux et de l’hyperciblage montre une adaptation de la propagande à l’ère des mégadonnées : la personnalisation de la persuasion à grande échelle.
Ces résultats sont porteurs d’une leçon primordiale : pour défendre la démocratie à l’ère numérique, il faut repenser notre conception de la « presse » et nos mécanismes de protection de celle-ci. La présente recherche ne concerne pas seulement les tactiques d’une entreprise : elle illustre parfaitement un nouveau vecteur de menace dans le paysage de l’information. À ce titre, elle exige des réponses de la part de multiples parties prenantes : les organismes de réglementation, les plateformes technologiques, les journalistes, les éducateurs et les citoyens.
Il convient également de souligner un aspect encourageant : le fait même de mener cette étude et d’autres recherches similaires fait partie de la solution. Chaque fois que des chercheurs et des journalistes exposent la « boue rose » dans les médias, ils en diminuent le pouvoir. D’une certaine manière, cette méthodologie guidée par les données illustre une nouvelle forme de journalisme d’enquête, adaptée à une époque où les adversaires portent des déguisements numériques. À l’avenir, les collaborations entre les experts en science des données, les journalistes et les décideurs politiques peuvent renforcer cet effet et renverser la tendance en matière de désinformation en utilisant des faits et des analyses comme outils.
En conclusion, les réseaux de nouvelles pseudo-locales hyperciblées exploitent les failles de notre cadre de communication moderne, mais ils ne sont pas invincibles. Ils misent sur le secret, leur envergure et la naïveté du public pour réussir. En apprenant comment ils fonctionnent et en mettant en œuvre des politiques intelligentes pour combler ces failles, nous pouvons réduire leur influence. Plus généralement, cette étude de cas souligne l’importance de renouveler notre engagement envers les médias locaux en tant que pilier de la démocratie. Il faut veiller à ce que les citoyens aient accès à des informations locales fiables, que ce soit en revitalisant les médias existants ou en encourageant de nouveaux modèles. Ce n’est pas seulement un enjeu culturel ou économique, mais un impératif démocratique. La santé de nos démocraties locales dépendra en fin de compte de notre capacité à distinguer les voix authentiques de la communauté de celles qui ne sont que des échos, et à privilégier les premières plutôt que les secondes.
Le réseau de propagande numérique de Metric Media, une fois démasqué, sert à la fois de mise en garde et de catalyseur d’action. Il nous met au défi d’adapter nos politiques et nos stratégies civiques aux réalités de l’ère de l’information numérique. Ce faisant, nous réaffirmons les valeurs de transparence, de vérité et de confiance qui doivent sous-tendre les systèmes médiatiques de toute démocratie saine. Les conclusions et les recommandations présentées ci-dessus visent à contribuer à cette tâche urgente, en veillant à ce que la promesse de l’ère numérique ne soit pas compromise par ceux qui chercheraient à en abuser dans l’ombre.
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